C'est également important non ??

C'est pourquoi je vous propose de lire cet article édifiant et qui en dit long sur notre lent délitement, provenant de "La Repubblica" (CI N°1068)

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BIEN A L'ABRI DU BRUIT ET DES ODEURS

Comme il paraît loin, le monde des autres. Il est là pourtant, au-delà du mur d’enceinte, au-delà du brouillard. Loin de ce “lieu magique et caché” de ce refuge où ont choisi de s’installer des personnes désirant “changer de vie et protéger leurs enfants”. La place du Dôme à Milan, distante d’à peine quinze kilomètres, semble appartenir à un autre continent. “Ici, à Basiglio, on vous garantit la sécurité absolue, la tranquillité et le silence”, affirme Stefano Fierro, chargé de la vente des 146 maisons et appartements qui composent la “ferme” Vione, une communauté fermée (c’est-à-dire clôturée, en anglais gated community) située sur la route de Pavie. “Elle sera protégée par des vigiles armés, des caméras de surveillance le long du mur d’enceinte et des détecteurs anti-intrusion. Les résidents et leurs invités seront les seuls à pouvoir entrer, après identification.” Ces villes fortifiées fleurissent un peu partout, et l’Italie n’est pas épargnée. La ferme Vione sera inaugurée le 1er mai prochain par la remise des clés (électroniques) aux nouveaux propriétaires : des médecins, des avocats, des entrepreneurs, âgés de 35 à 50 ans, mariés avec enfants pour la plupart. Pour 4 200 euros le mètre carré au minimum, ils se sont offert des appartements dont la superficie varie entre 80 et 300 mètres carrés. Mais ils devront payer de lourdes charges de copropriété pour rémunérer les vigiles, les jardiniers et les concierges.

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Triomphe de l“entre-soi”

Déjà, les ventes vont bon train car “Vione n’est pas seulement un lieu, mais aussi un mode de vie et de pensée”, proclame le site Internet de la communauté. Les promesses sont engageantes : “vous pourrez, comme autrefois, laisser la porte ouverte l’esprit tranquille” ; “Vous pourrez vous promener comme à Portofino ou Capri, les touristes en moins”. Le panorama n’est quand même pas tout à fait le même. Les rizières alentour apportent leur lot de brouillard en hiver et de moustiques en été. “Mais nous installerons des moustiquaires partout. Le panorama sera à l’intérieur de la ferme : nous sommes en train de restaurer des bâtiments historiques. Ce lieu a été habité dès le XIVe siècle par des moines cisterciens. En complément des jardins privatifs, un grand jardin datant du XVIIIe siècle sera restauré.” Les poulaillers, les écuries et les maisons des journaliers ont déjà été transformés en logements de luxe, presque aussi prestigieux que les appartements aménagés dans la maison de maître.

Les nouveaux résidents recherchent avant tout la sécurité : tous insistent sur ce point avant de signer et obtiennent des garanties convaincantes. Les cambrioleurs et autres ravisseurs seront tenus à bonne distance, naturellement, mais aussi les “indésirables”. “En ville, explique une publicité en faveur de Vione, il faut supporter la circulation, la pollution, l’agressivité, la violence, sans compter les personnes d’origines et de mœurs différentes.” Ici, aucun risque d’être dérangé par les odeurs de cuisine épicée d’un voisin immigré. “Les résidents seront issus des mêmes milieux sociaux et professionnels, on y retrouvera le bon voisinage tel qu’il existait jadis en ville.” Le luxe d’un plafond avec poutres d’époque apparentes se paiera au prix fort : il s’agit en effet de rentabiliser un investissement initial de 60 millions d’euros pour une copropriété d’environ 500 habitants. Un moulin accueillera la salle des expositions et des congrès de la ville de Basiglio. Il y aura même un restaurant étoilé, mais les clients n’auront pas accès au lotissement. La route départementale qui longeait le domaine a été déplacée : rien, pas même le bruit des voitures, ne doit venir rappeler la vie extérieure et ses imprévus. Les résidents s’engouffreront dans des garages souterrains avant de se présenter à pied devant les gardiens. “Aussi dure qu’ait pu être votre journée, personne ne viendra vous déranger une fois arrivé chez vous, à l’abri du reste du monde.” La ferme Vione et ses murs d’époque sont situés à deux pas de Milan 3 [ville nouvelle créée au début des années 1970 par Silvio Berlusconi, alors promoteur immobilier]. A l’instar de Milan 3, de nombreux autres quartiers ont été conçus comme des fragments de ville autonomes, comme l’Olgiata, à Rome.

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“Pour définir des habitats comme celui-ci, et surtout comme Milan 2 [autre ville nouvelle construite sur le même modèle]”, explique Agostino Petrillo, qui enseigne la sociologie urbaine à l’Ecole polytechnique de Milan, “on préfère au terme de gated community celui de neighbourhood, c’est-à-dire ‘quartier’, ‘zone de voisinage’. Ils constituent de petites enclaves urbaines, pas de véritables villes indépendantes. Il en existe aussi à Londres, par exemple dans le quartier des Docks. Ils ne sont ‘fortifiés’ qu’à certaines heures, le soir, sans qu’on constate d’ailleurs d’autoségrégation totale. Milan 2, du reste, apparaît plus comme une cité-jardin que comme une ville fermée et, d’un point de vue architectural, il s’agit d’une mini-utopie. La sécurité n’est pas la préoccupation première, contrairement à ce qui se passe dans les communautés fermées. Elle se rêvait en ville modèle pour familles, cadres et dirigeants, mais l’utopie a fait long feu, les familles avec enfants sont de moins en moins nombreuses. Les appartements sont occupés en majorité par des membres des professions libérales qui travaillent dans le centre et ont transformé Milan 2 en ville-dortoir. Les espaces communs, comme les pelouses ou les parcs, restent souvent déserts.”

L’architecte Fabrizio Rossitto a consacré son mémoire de fin d’études à ces communautés fermées milanaises. “J’ai étudié en particulier le lotissement Viscontina, à Buccinasco, où résident quelque 70 familles issues des classes moyennes et supérieures, réparties en 29 maisons individuelles, 10 maisons de deux logements et 20 habitations collectives. Presque toutes les familles ont des enfants. On trouve également des retraités, mais pas de jeunes couples ni de célibataires. Il y a une loge de concierge et des caméras de surveillance. En cas de visite, le résident doit se rendre à l’entrée pour recevoir son invité et lui permettre d’entrer. Le site est délimité par des murs d’enceinte de trois mètres de haut ou d’épaisses haies d’épineux.” Il s’est également intéressé à un autre complexe de Buccinasco, Rovido, “où vivent 380 familles, dont des jeunes et des célibataires. Plus que d’une communauté fermée, il s’agit d’un ‘voisinage protégé’ sécurisé par des grillages électrifiés et des caméras, et rempli de panneaux indiquant : ‘halte : propriété privée’; ‘interdiction de circuler ou de stationner’; ‘zone sous surveillance vidéo’… Certains résidents ont même équipé leur maison de fausses caméras. Mais la quête forcenée de sécurité est à double tranchant : un mafieux peut trouver dans ce genre de lieu le refuge idéal. Un membre de la ‘Ndrangheta calabraise en cavale a récemment été arrêté à Rovido.”

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Le marketing de la peur

Cela ne surprend pas le Pr Petrillo, qui explique : “Aux Etats-Unis, où les communautés fermées et les lotissements protégés accueillent aujourd’hui un Américain sur huit, on a découvert que la criminalité dans cet environnement n’était pas différente de celle de l’extérieur. Les gated communities forment là-bas de véritables villes, construites au cours des années 1980 et de la décennie suivante. Dans les années 1990, ces habitats ont profité des progrès de l’informatique, qui ont rendu possible le travail à domicile. Aujourd’hui, ces communautés sont sur le déclin : vivre entouré de ses semblables est certes rassurant, mais également ennuyeux. Avec la crise, on s’est rendu compte que la ville offrait plus de possibilités professionnelles. L’Italie ne possède pas ces vastes espaces, l’urbanisation y est déjà très dense. Mais ces projets d’un genre nouveau révèlent que l’envie d’une île, d’un refuge prend corps chez nous aussi. Elle repose sur l’idée d’un salut personnel qui n’emprunte plus la voie de la dimension collective urbaine. L’insécurité et la peur jouent un rôle déterminant, c’est d’ailleurs la base du marketing de ces villes fortifiées.”

A la ferme Vione, une église, elle aussi propriété des nouveaux habitants, est dédiée à saint Bernard. “On pourra y célébrer les mariages et les baptêmes, précise l’agent immobilier Stefano Fierro. En payant, peut-être réussira-t-on à faire venir un prêtre pour la nuit de Noël. Ce sera magnifique.”


Voilà un article tout à fait interessant n'est il pas ?

Bien sur comme il est mentionné dans l'article, les Italiens n'ont rien inventé, laissons donc à César ce qui lui revient de droit :

 

 

Ca donne envi non ??

Non ??

Ah bon...