Lundi soir tout en grignotant un excellent fromage auvergnat j'écoutais l'émission "Fiction" diffusée sur  France culture... J'écoutais précisément la lecture d'une nouvelle de Hanif Kureishi nommé "L'écriture est un don".

Hanif_Kureishi

J'ai été frappé par la justesse de ses mots et du prospos, dans lequel il faut dire, je me suis pas mal retrouvé et cet humour "so British" est définitivement une valeur sûre

Ami(e)s artistes, pro ou en devenir,
écrivains en herbe ou lecteur/trices assidues

Ce texte peut j'en suis sur vous parler tout autant qu'à moi.

En voici un extrait, mais c'était vraiment dur d'en choisir un (et trop long pour tout retranscrire) je vous invite donc à l'écouter dans son intégralité LA (dépêchez vous, c'est encore dispo pour quelques jours...)


Je portais d'abord à la littérature un interêt d'adolescent.
Puis je décidais de pousser plus loin et de ne plus rien faire d'autre qu'écrire.
C'est alors que mon enthousiasme et mon moral même, s'éffondrairent.
Je constatais très vite qu'écrire pour soit, dans sa chambre, après l'école, n'avait rien à voir avec l'obligation de s'y atteler 8h par jour, pour vivre.
Se fut dur. Je me heurtais au silence et à l'indifférence, je me privais délibérement de l'attention d'autrui et ce n'est pas sans difficulté que je suis parvenu à écrire dans le vide.

De la fenêtre de mon appartement je regardais avec envie les gens partirent au travail le matin, ils se hâtaient parce qu'ils avaient un but, eux ne pataugeaiant pas.

Je m'obligeais à rester assis des heures entières à mon bureau sans rien éprouver d'autre qu'un violent désir de me trouver ailleurs. je finissais par sortir, mais ne ressentais plus alors que l'envie de retourner à mon bureau. Je regardais fixement le papier pour obliger les mots à y apparaitre, tout à fait conscient que ce n'était pas possible, mais si on ne provoque rien, on se sent réellement sans pouvoir et on arrive à rien. Apprendre à attendre est une redoutable épreuve quand on ne sait pas ce que l'on attend.

J'eu bientôt du mal à sortir, j'étais presque incapable de communiquer et je ne voyais plus aucune raison de continuer. je ne ressentais que la haine des autres et de moi même et du désespoir, je me laissais glisser vers la dépression. Je ne voyais pas dans quelle mesure, le plaisir devait être un élément du travail. Peut être en cela aussi immitais je mon père ?

A la longue, écrire est un travail tellement ingrat, à cause des refus qu'il faut encaisser, au cause des échecs et des défaites répétés à cause de ce martyre prolongé "..."

En fait "écrire" était un prétexte pour m'attaquer à moi même.

Mon père avait tout à la fois encouragé et découragé mes efforts "..."
Le mépris qu'il éprouvait à l'égard de lui même et de l'échec de ses propres efforts, rejaillissaient souvent sur moi, j'avais peur d'écrire, car mes sentiments et mes opinions m'inspiraient de la honte.

La pratique d'un art, bonne excuse pour se mépriser, demande une certaine effronterie de la part de l'artiste, mais n'est effronté que celui qui ne se soucie pas de qui il est. Les écrivains se complaisent parfois dans l'idée que pour devenir un auteur ils devront d'abord en convaincre autrui. Le vrai problème serait plutôt qu'ils s'en convainquent eux mêmes.
Car le piège d'un étrange paradoxe à la Beckett les guette.
En même temps qu'ils ressentent l'urgence de s'exprimer, s'impose le sentiment de la futilité de toutes paroles. Telle une bouche qui s'ouvrirait mais resterait muette, comme si redoutant la puissance des mots on les annulait avant de les prononcer.

Si l'on ne s'engage pas à fond  et qu'on ajoute pas foi à soit même, à son projet d'écriture, on pourra faire marche arrière sans avoir le sentiment d'avoir échoué. On recrute alors d'autres personnes pour se convaincre d'une vérité à laquelle on ne croit pas soit même, mais elles sentiront ce septicisme qui se reflètera sur vous.
Votre travail ne vous permettra de toucher au but, que si vous vous y investissez sans réserve. Mais ou trouver le moyen d'y parvenir ?

Les travailleurs que j'observais dans la rue s'imposaient une discipline. en ce qui me concernait je devais envisager de passer de longues périodes assis à mon bureau si je voulais réaliser mon voeux. La discipline se traduit alors par une forme de violence qui rejette loin tout autre désir. il faut y faire appel quand on est vraiment tenté de faire un autre choix et se persuader que derrière toute réussite valable il y a une difficulté. On s'imagine que difficulté est force moral ou encore vertue vont de paire en s'appuyant qur l'axome selon lequel plus on peine à écrire, à créer, meilleur sera le résultat. Si les artistes souffrent ce n'est pas seulement parce que leur travail implique sacrifice et dévouement c'est également parce qu'on leur demande de se maintenir en étroit contact avec l'inconscient lequel tout bouillonnant de désir est turbulant. On représente souvent la créativité comme une force indisciplinée une sorte d'instinct animal qu'il faut contenir, les artistes en viennent à réprimer leur impétuosité, obligés qu'ils sont, de la supporter sans cesse, de vivre avec elle, c'est pourtant le prix à payer pour le talent "..." 


Oui je vous conseille vivement d'aller jeter une oreille, voir de carrément choper son bouquin, ce que personnellement je m'apprête à faire

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Une petite bio du bonhomme :

Hanif Kureishi est un écrivain anglais d’après l’Empire. Un fils grandi dans la banlieue de Londres au son des Rolling Stones, entre un père né à Bombay dont la carrière littéraire se fracasse aux portes des éditeurs et une mère britannique adepte de la peinture mais pas des rêves jugés inaccessibles. D’abord auteur pour le théâtre, Kureishi acquiert la célébrité en 1985 grâce à son scénario pour My Beautiful Laundrette de Stephen Frears.

Au cinéma, au théâtre, dans ses romans et ses nouvelles, il est devenu, par-delà le bien et le mal, un écrivain de l’entre-deux, subtil et direct, fraternel et agressif, nourri de racisme éprouvé, de psychanalyse, de rock’n’roll et de Tchekhov. Au loin le Pakistan que son père rejette, au ras les trottoirs de la grande cité devenant multiculturelle. Derrière la majestueuse et blanche Albion dominant le monde, devant l’avenir que l’Angleterre de Thatcher ou de Blair acceptera d’imaginer. Hier, aujourd’hui et demain, la vie et nos quêtes impérieuses parmi les autres.

En choisissant parmi les nouvelles de Kureishi, nous avons voulu présenter autant de facettes que possible de son talent et faire entendre son humour, ses colères aigres-douces et son sens bienveillant de l’analyse. Une voix si britannique.